A vingt centimètres du précipice. Et l'abîme court sous mes pieds. Le vide s'envole et le monde change. S'écrase. Se dilue dans le bleu du ciel. Quelques secondes et c'est la vie devant mes yeux. Quelques mètres et je la toucherais du doigt. Et mes os craqueront. Et mes organes exploseront.

Enfin la paix me gagne et éclate en moi comme une gerbe de sang. Je n'ai plus de regrets maintenant. Je sais. Et tout le reste n'a plus d'importance. La haine, la colère ruissellent hors de moi, me libèrent enfin de la douleur d'être un homme. Je suis libre de me noyer dans l'horizon cyan qui me contemple. A l'infini.

J'étais un être de sang de chair de faiblesses. Je suis une seconde gelée de mon esprit mourant. Et je sais. Je sais. Le temps s'est suspendu au-dessus du lac de mes entrailles qui se déversent sur le trottoir. Me laissant libre de contempler la science qui est désormais mienne. Pour cette seconde seulement. Mais je sais. Et c'est le plus important.

Et si d'aventure on observait mon visage défiguré par le gravier et le sang séché.
On me verrait.
Sourire.